La Mort d'Ivan Ilitch, brève mais magistrale nouvelle de Tolstoï, suit l'agonie d'un juge pétersbourgeois qui découvre, dans la douleur physique, la vanité de son existence sociale. D'un réalisme dépouillé, presque clinique, le récit oppose les conventions bourgeoises à l'évidence spirituelle de la mort. Inscrite dans la grande tradition russe du XIXe siècle, l'ouvre condense roman psychologique, satire morale et méditation métaphysique. Tolstoï écrit ce texte après sa profonde crise religieuse et morale des années 1870-1880, lorsqu'il remet en cause la propriété, l'institution judiciaire, l'Église officielle et le succès mondain. Aristocrate devenu moraliste radical, ancien officier et observateur aigu des milieux bureaucratiques, il projette dans Ivan Ilitch sa hantise de la fausse vie: celle qui se conforme aux usages sans atteindre la vérité intérieure. Il faut recommander ce livre à tout lecteur qui cherche une ouvre concise, implacable et universelle. Sa puissance tient à ce qu'il transforme une mort ordinaire en révélation éthique. On en sort moins rassuré que réveillé, invité à mesurer sa propre vie à l'aune de l'authenticité, de la compassion et de la lucidité.