Le Diable, bref récit tardif de Tolstoï, met en scène Evgueni Irténiev, jeune propriétaire foncier que son mariage bourgeois ne délivre pas du désir né d'une liaison antérieure avec la paysanne Stépanida. Sous l'apparence d'une nouvelle réaliste, l'ouvre devient une dissection impitoyable de la tentation sexuelle, de la culpabilité et de l'hypocrisie sociale. Son style, dépouillé et analytique, appartient au Tolstoï moraliste de la fin du XIXe siècle, proche de La Sonate à Kreutzer par sa violence intérieure. Tolstoï écrit ce texte après sa crise spirituelle, lorsqu'il condamne de plus en plus les privilèges aristocratiques, la sensualité et les mensonges du mariage conventionnel. Sa propre expérience de propriétaire, ses souvenirs de jeunesse et son obsession religieuse de la pureté nourrissent la figure d'Irténiev. L'auteur ne décrit pas seulement une faute privée, mais une âme divisée entre instinct, devoir chrétien et peur du jugement. Je recommande Le Diable aux lecteurs attirés par la psychologie morale et les conflits intimes plutôt que par l'intrigue spectaculaire. Sa brièveté renforce son intensité : chaque scène conduit vers une conclusion tragique, presque clinique. C'est une porte d'entrée saisissante dans le Tolstoï sombre, lucide et profondément inquiet.