Cette thèse propose une analyse critique du droit suisse de la filiation. Partant du constat de la diversité croissante des pratiques familiales, elle dégage quatre principes directeurs en droit de la filiation : les privilèges de l'union maritale, la biparenté, l'inéluctabilité de la filiation maternelle et la binarité de la filiation. Malgré certaines relativisations récentes, ces principes continuent de structurer en profondeur le droit positif. Mobilisant une approche féministe et queer du droit, la recherche montre comment ces logiques juridiques participent à la (re)production d'un ordre cishétéronormatif et contribuent à marginaliser certaines pratiques et modèles familiaux minoritaires. Dans le prolongement de cette analyse, la thèse propose de repenser le droit de la filiation à partir de deux principes cardinaux : le bien de l'enfant et l'interdiction de la discrimination. Elle en explore donc le potentiel émancipateur et en propose une réinterprétation appliquée au domaine de la filiation afin de créer un cadre juridique capable de refléter la diversité des formes familiales sans reproduire les normes dominantes. Finalement, la thèse avance plusieurs propositions concrètes en vue d'une réforme. Elle suggère une filiation exclusivement fondée sur l'intention et dégenrée, ainsi que la reconnaissance juridique de configurations familiales plurielles par l'introduction de la pluriparenté et de la pluriparentalité. Un tel modèle, combiné à des politiques familiales ambitieuses, permettrait de repenser le droit de la filiation afin qu'il reflète plus fidèlement la diversité des réalités familiales contemporaines.